Un micro-Forum Social Mondial des langues


Une question de la société civile

Comment la société civile s’empare-t-elle d’une question théorique, ou philosophico-pratique qui la concerne dans sa recherche d’alternatives aux fléaux et aux logiques destructrices qui la menacent ?

La question des langues et du plurilinguisme des sociétés contemporaines, longtemps confinée dans des milieux restreints, commence à émerger de manière beaucoup plus publique, à l’échelle des pays, de la planète et de chacun des continents. Un forum de l’ONU à Nairobi sur la traduction entre langues d’Afrique, “languages matter”, une pétition européenne, “plus d’une langue”, des recherches sur l’intercompréhension entre langues romanes, une journée entière d’Arte consacrée à “ces langues qui disparaissent”, pour n’en citer que quelques-uns, sont autant d’indices de dé-sectorisation des luttes linguistiques, et de leur appropriation par les Institutions culturelles au-delà des milieux militants qui les portent.

Le dialogue interculturel, depuis longtemps objet de travail pour l’éducation et pour le politique, commence à intégrer la dimension des langues, qui jusque là était laissée aux enseignants traditionnellement spécialisés sur des apprentissages et des enseignements monolingues. À côté de la question habituelle, “faut-il enseigner telle ou telle langue ?”, commence à naître une question nouvelle, “faut-il enseigner le plurilinguisme, l’intercompréhension, voire même la polyglossie ?”

Le Forum Social Mondial, espace de débats

Espace de débats et de conscientisation mutuelle des organisations de la société civile, le Forum Social Mondial est un lieu privilégié d’accueil et de dissémination de la transformation des concepts mobilisateurs. Il a depuis toujours le souci de la diversité, celui de la parole de tous, de la traduction et de la co-présence des langues dans ses rencontres. “Indigènes” et “autochtones” du monde s’y rendent visibles, particulièrement depuis Belem. Mais les organisateurs d’événements se heurtent à de nombreux écueils financiers et techniques pour en assurer les traductions multiples, et les conditions du débat n’en sont pas toujours facilitées ! Du coup, le cadre ainsi posé, avec les insatisfactions et les frustrations qu’il entraîne, pousse à des prises de conscience. La prise en compte de la multiplicité infinie des langues ne peut pas se faire dans les cadres construits pour des institutions internationales de pouvoir, où six langues et des interprètes compétents et chevronnés entretiennent à bon compte l’illusion d’une communication réussie !

Il faut sortir du cadre, lever des obstacles qui tiennent à nos théories (implicites) des échanges linguistiques.

Un laboratoire d’Éducation et de Culture

La présence, à l’occasion du centenaire de Charles Sanders Peirce, et sur un même lieu hautement symbolique, de représentants, à l’échelle locale et internationale, de l’Éducation Nouvelle, de l’Éducation Populaire, de l’Éducation à l’Environnement, de la Fondation Anna Lindh, et de scientifiques tous pragmatiquement concernés par les questions du langage, de la parole, et de la vie des langues, et tous porteurs, dans leurs différents champs, d’innovations théorico-pratiques, nous assure un débat vivant et vigoureusement argumenté dont on peut attendre des effets réels de renouvellement et de réinterprétation des pratiques sociales et de pensée chez les participants. C’est par son caractère d’événement singulier, où la qualité de l’expérience vécue sera particulièrement soignée dans toutes les interventions, que ce petit Forum peut devenir grand. Micro-forum mondial par sa taille, la ville de Perpignan n’étant pas en situation, actuellement, d’accueillir sur ce thème un FSM réunissant des milliers de personnes, il se bâtit comme un laboratoire public d’expérimentation d’autres pratiques de parole et d’autres logiques théoriques et festives pour un autre monde possible, réaliste, optimiste et convivial.

Jalon vers un Forum Social Mondial des langues, ce micro-Forum Social Mondial des Langues de Perpignan, que nous avons dédié à Peirce, en est une petite esquisse.