Le Petit Prince fait de la linguistique


L’ animation décrite dans cet article se base sur le chapitre XXI du célèbre conte d’ Antoine de Saint-Exupéry, traduit dans une cinquantaine de langues. Télécharger ici les textes du chapitre XXI en 50 langues.

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S’il te plaît, apprivoise-moi…

Apprivoiser la langue de l’autre comme le Petit Prince, son renard. Improviser , s’approprier, se risquer…Se mouiller, dans le grand bain tout de suite !

La démarche “Petit Prince” présentée ici est à l’origine de notre paradigme pédagogique dit de la “Pierre de Rosette”. C’est une démarche collective multilangues, née au GFEN de Perpignan, fruit de la rencontre entre l’Éducation nouvelle, la sémiotique et le multilinguisme. Elle permet de s’initier aux possibilités pratiques ouvertes à l’Éducation Nouvelle par une expérience inter- et trans-linguistique, et, sur le plan théorique, notamment d’aborder la sémiotique peircienne à partir de l’apprentissage et l’enseignement des langues.

La mise en situation a été pensée par référence à l’expérience de Jacotot combinée à l’histoire du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion : si eux ont pu le faire, pourquoi pas nous ?

La comparaison des langues, conçue, non comme méthode de grammaire mais comme activité de construction solidaire d’un sens qui échappe. On constate, cependant, que c’est dans cette quête de construction de sens par la comparaison des langues, que se produit le plus spontanément une activité de repérage des marqueurs syntaxiques, des formes déclinées, des désinences de conjugaison ! Faut-il s’en étonner ? Saussure lui-même l’a écrit : “il n’est de grammaire que comparée”.

Les Labos de Babel animent cette formation à la demande, dans le cadre de séminaires, salons, journées portes ouvertes, … contactez-nous pour de plus amples informations.

La démarche multilangues : Introduction de l’atelier “Petit Prince” en ouverture des  premières rencontres du LIEN (Lien International d’Éducation Nouvelle) à Malonne (Belgique), juillet 2003.

Joëlle Cordesse

Pour la première fois dans une rencontre à dimension internationale, la question des langues a été posée comme un défi à l’Éducation Nouvelle. Allons-nous élaborer malgré nos langues, ou avec elles ? L’atelier que nous avons proposé pour cette ouverture est issu d’un chantier mené cette année à Perpignan dans le cadre d’un travail de trois ans à la charnière du politique et du pédagogique.

Atelier mené le premier matin avec la majorité des participants, en trois groupes, avec sept animateurs : Joëlle CORDESSE, Jean-François MANIL, Paula SCHMID, Jacqueline VAHE DESGROUAS, Marie-Jeanne FICHOT-VAUSORT, Nadejda MALJAVINA et Marie-Jeanne VERBOIS

Il paraît que les langues sont un obstacle à la communication. C’est vrai, si la communication est cette caricature que nous en donnent les media et les politiciens d’aujourd’hui ; ce déguisement de la pensée fait pour empêcher les peuples de comprendre où on les mène et de se comprendre entre eux ; fabriqué pour fasciner et empêcher de penser ; cultivant l’illusion de la transparence pour mentir en toute quiétude.La question des langues est centrale pour qui se préoccupe d’identité culturelle, de rencontre, d’élaboration collective de pensée créatrice. Réglée par le monolinguisme culturel et une conception utilitariste des langues étrangères dans la plupart des pays dits développés, elle est en train d’y ressurgir de manière aiguë en termes de résistance à l’oppression. Communautarismes, guerres ethniques, nationalismes régionaux, identités revendiquées contre les autres. La langue du sang contre celle du sol, ou le contraire ?

L’homme est la somme de son langage.

Poser l’égalité des hommes c’est poser celle des langues. Défendre une langue c’est les défendre toutes. La diversité des langues fait obstacle à la pensée unique et à l’universalisme abstrait. Par elle les hommes existent dans leur diversité ; par leur langue ils se rattachent fermement à leur histoire, à leurs ancêtres, à leur terre. L’envers de la mentalité de guerre c’est qu’elles font obstacle à l’interdiction de penser. La guerre naît de la compétition des langues, pas de leur coexistence, et la paix ne peut vivre sans leur rencontre.

Et si la pédagogie des langues était responsable des guerres ?

Notre hypothèse est que le droit pour chacun de parler sa langue passe par le droit (le devoir) de les enseigner toutes. Mais, pratiquement, comment défendre toutes les langues, quand on sait le temps qu’il faut pour en apprendre une seule ?

Heureusement, plusieurs langues à la fois, c’est plus facile qu’une seule. C’est cette hypothèse pédagogique que nous vous proposons d’explorer aujourd’hui. Sommes-nous tous capables d’être polyglottes ? Saurons-nous nous apprivoiser mutuellement, nous rendre toutes nos langues indispensables, ou du moins, en deux petites heures, commencer d’en entrevoir la possibilité ? Nous avons choisi de travailler sur le chapitre XXI du Petit Prince de Saint-Exupéry. Ce texte français a été traduit dans des dizaines de langues et publié dans des dizaines de pays ; le chapitre que nous avons extrait est disponible sur Internet.

La mise en situation que nous avons proposée a été pensée par référence à l’expérience de Jacotot et à l’histoire de la pierre de Rosette. Travailler un texte en version bilingue pour se donner une entrée dans une langue inabordable autrement. Comment en effet entrer dans un texte en turc, en hongrois, en finnois, en basque, langues a priori opaques à qui ne les a pas étudiées, avec quelque chance de le comprendre ?  Seulement, comparer la version opaque avec le texte français nous ennuyait. D’autant que notre curiosité était piquée par l’abondance du matériau trouvé sur Internet. Pourquoi telle langue et pas telle autre ? Finalement nous avons joué le pari de la pluralité.

Ci-après quelques liens pour en savoir plus